Le climat préélectoral ivoirien s’intensifie avec un coup de tonnerre judiciaire : la radiation de Tidjane Thiam de la liste électorale par une décision de justice. Candidat déclaré à la présidence et président du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Tidjane Thiam voit sa candidature compromise en raison d’une remise en question de sa nationalité.

Selon l’un de ses avocats, Me Ange Rodrigue Dadjé, la présidente du tribunal a estimé que Thiam avait perdu la nationalité ivoirienne lors de son acquisition de la nationalité française en 1987. Cette décision, qui intervient à quelques mois des élections présidentielles, relance un débat sensible et profond sur la double nationalité, la citoyenneté active et l’accessibilité aux plus hautes fonctions de l’État.

Un homme au parcours international et ivoirien
Tidjane Thiam n’est pas un nouveau venu sur la scène politique ivoirienne. Ancien ministre de la Planification et du Développement dans les années 1990, il a aussi occupé de hautes fonctions dans la finance internationale, notamment comme directeur général du groupe Crédit Suisse. Sa candidature à la présidence de la République de Côte D’Ivoire 🇨🇮 était perçue par beaucoup comme le symbole d’un renouveau, incarnant l’espoir d’une gouvernance compétente et ouverte sur le monde.

Une décision aux fortes implications politiques
La radiation de Thiam ne peut être interprétée uniquement sous l’angle juridique. Elle s’inscrit dans un contexte politique tendu, où les alliances se forment et les stratégies s’affûtent. Pour une partie de l’opinion publique et des observateurs, cette décision pourrait être perçue comme un frein politique destiné à affaiblir une opposition en pleine restructuration.

Ce n’est pas la première fois que la question de l’éligibilité secoue le paysage politique ivoirien. En 2000, la candidature d’Alassane Ouattara avait été rejetée pour des motifs liés à sa nationalité. En 2010, c’est finalement une candidature exceptionnelle qui fut accordée à Ouattara face au candidat Laurent Gbagbo, pour des raisons de stabilité politique. Cette même logique fut également invoquée en 2020, lors de sa troisième candidature très controversée. Ces antécédents illustrent les tensions persistantes autour des questions d’identité, de justice électorale et de volonté politique.

L’analyse de 3ID Consulting :

Nationalité et participation politique : la question de la double nationalité reste floue dans les textes ivoiriens. Ce cas pourrait créer un précédent lourd de conséquences pour d’autres binationaux engagés politiquement.

Un risque de polarisation accrue : la mise à l’écart d’un candidat de poids peut créer un effet de radicalisation du discours politique, fragilisant le dialogue démocratique.
Perception internationale : dans un contexte où la Côte d’Ivoire tente d’attirer les investissements et renforcer sa diplomatie, une crise préélectorale basée sur des questions identitaires pourrait écorner son image.
Tensions électorales à venir : ces exclusions répétées de figures majeures de la vie politique risquent d’accentuer les divisions et d’alimenter une contestation populaire ou institutionnelle du processus électoral.

Conclusion

Au-delà de la personne de Tidjane Thiam, cette affaire met en lumière les fragilités juridiques et politiques du système électoral ivoirien. La gestion de cette crise sera un test majeur pour les institutions, la société civile et les acteurs politiques. Il est impératif d’encourager un débat public apaisé sur la citoyenneté et la participation politique afin d’éviter que le processus électoral de 2025 ne dégénère en crise de légitimité.

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