Basée à Abidjan, la Banque africaine de développement (BAD) est l’institution financière panafricaine de référence. Forte de 81 membres (54 africains et 27 non africains), elle joue un rôle central dans le financement du développement sur le continent, notamment via son guichet concessionnel, le Fonds africain de développement (FAD), destiné aux pays les plus fragiles.
C’est dans ce contexte qu’une décision américaine suscite de vives inquiétudes. Dans son projet de budget 2026, l’administration Trump propose la suppression totale de la contribution des États-Unis au Fonds africain de développement (FAD), soit 555 millions de dollars. Une décision qui, si elle était confirmée par le Congrès, marquerait une rupture historique dans le soutien américain au développement africain. Washington justifie ce retrait par un manque d’alignement avec les priorités de l’administration, préférant réorienter son aide vers des instruments jugés plus « rentables » comme la DFC (U.S. International Development Finance Corporation). Les financements liés au climat, à la gouvernance ou à l’égalité sont qualifiés de « radicaux » et « idéologiques ».
L’impact d’une telle décision serait immédiat : le FAD est un pilier du financement de projets essentiels en Afrique subsaharienne, dans des secteurs comme les infrastructures, la santé, l’agriculture ou l’adaptation climatique. La suppression de la contribution américaine laisserait un vide financier difficile à combler, dans une période où les besoins en développement sont colossaux.
Ce retrait envoie également un signal stratégique clair : les États-Unis semblent se désengager des enceintes multilatérales africaines au profit de solutions bilatérales plus orientées vers leurs intérêts directs. Cela affaiblit leur poids diplomatique et géoéconomique sur le continent, au moment même où d’autres puissances Chine, Europe, Golfe, intensifient leur influence par le levier financier.
Pour les pays africains membres de la BAD, la menace d’un tel retrait appelle à une réflexion de fond sur la diversification des partenariats, mais aussi sur la résilience des mécanismes de financement multilatéraux face aux aléas politiques des bailleurs de fonds majeur.

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